Le Trou Baligan

La construction de la centrale nucléaire de Flamanville, à partir de 1977, eut pour conséquence la disparition du Trou Baligan. Cette grotte célèbre, située entre les anses de Biédal et de La Cabotière, était associée à une légende mettant en scène le saint patron de la commune, Germain le Scot, encore dénommé saint Germain à / de la Rouelle ou saint Germain de la Mer. Deux versions de la légende sont connues, une d’origine médiévale et une autre du XIXe siècle.

La légende médiévale

Entrée du Trou Baligan (Photographie ancienne)

Entrée du Trou Baligan (Photographie ancienne)

Le récit primitif de la vie de saint Germain le Scot a probablement été rédigé au Xe siècle ou au XIe siècle. Il nous est parvenu grâce à des copies réalisées au XVIIe siècle.

Saint Germain d’Auxerre fut envoyé par Rome combattre l’hérésie pélagienne dans les îles britanniques. Lors de l’un de ses deux voyages, réalisés en 429 et en 445, il convertit un prince scot (peuple installé depuis l’Antiquité en Irlande et qui s’imposa à partir du Ve siècle, aux dépens des Pictes, en Calédonie, pays auquel il donna son nom : l’Écosse ou Scotland) et sa femme, nommés Audinus et Aquila. Il devint aussi le parrain de leur jeune garçon, qui prit alors son prénom. Devenu adulte et influencé par l’exemple de son parrain, le jeune Germain fut ordonné prêtre et décida de rejoindre sur le continent celui qui lui servait d’exemple. Comme il ne trouvait pas d’embarcation pour traverser la Manche, Germain pria Dieu de lui venir en aide. Une rota plaustri, une roue de chariot, apparut alors sur les flots et l’emporta sur les rives du Cotentin.

Ceux qui le virent arriver assis sur sa roue furent très étonnés : ils le prenaient pour un mage, voire pour Neptune lui-même. La nouvelle de cet événement attira une grande foule, auprès de laquelle Germain se mit à prêcher. Le juge de l’endroit poursuivit cependant ses accusations contre le prêtre ; mal lui en prit, car Dieu lui fit subir le même sort qu’Arius, le pauvre homme se vida de ses entrailles et mourut. Le préfet local, impressionné par ce premier miracle, avertit alors Germain qu’un dragon à sept têtes ravageait le pays et lui demanda d’intervenir. Un enfant qui s’était enfui de chez ses parents venait juste de mourir, victime du souffle pestilentiel de la bête. Germain se dirigea donc vers le repaire du dragon, prenant soin au passage de ressusciter le jeune garçon. À l’approche du saint, le monstre devint incapable de réagir ; il laissa Germain lui passer son étole autour du cou et il le suivit, docile, jusqu’à une citerne où il fut jeté et qui fut ensuite obturée. La foule loua le prêtre pour ces miracles et cette délivrance, et le préfet Maximien se fit baptiser avec six cents soldats.

Cette légende est attestée en divers points de la côte occidentale du Cotentin, à Flamanville, Carteret et Saint-Germain-sur-Ay. Il est probable qu’elle a également concerné Querqueville, dont l’église primitive est dédiée à saint Germain le Scot.

La légende moderne

Le Trou Baligan carte postale ancienne

Le trou Baligan, carte postale ancienne

Les divers récits qu’il est aujourd’hui possible de lire s’inspirent tous du texte rédigé en 1883 par Jean Fleury dans son ouvrage Littérature orale de la Basse-Normandie. L’auteur était originaire du Cotentin, il naquit à Vasteville et mourut à Gréville, deux communes du canton de Beaumont-Hague, limitrophe de celui des Pieux, où se situe Flamanville.

D’emblée, Fleury situe la légende dans une grotte qu’il prend soin de décrire, le Trou Baligan :

Le Trou Baligan est complètement perdu dans la falaise. […] des rochers à pic lui forment une sorte de vestibule. A droite, la caverne a deux compartiments superposés, séparés par un bloc de granit, mais on arrive bientôt au fond. Le véritable Trou Baligan est perpendiculaire à la mer ; il est fort étroit, la fente est un peu inclinée, le sol est encombré de galets apportés par le flot. On prétend que, les premières difficultés vaincues, le passage devient plus facile. On rencontre une mare barrant le chemin ; au-delà, la caverne s’élargirait […].

Sur toutes les parois de la caverne qui sont au grand jour, on voit courir une végétation qui a la couleur et l’aspect du sang desséché. Cette entrée de la caverne n’est pas ce qu’elle a été autrefois du reste. On a enlevé un énorme bloc de granit dans lequel une longue ligne onduleuse d’un beau pourpre figurait assez bien un serpent. Cet accident du granit se rattache intimement à la légende que nous allons raconter.

Après cette introduction, l’auteur rapporte les méfaits du monstre, qu’il appelle serpent :

Un serpent, un véritable monstre, s’était établi autrefois dans cette caverne, dont il sortait de temps en temps pour faire une excursion sur la côte et s’emparer de tous les enfants qu’il trouvait sur son chemin ; il les emportait dans son antre pour les dévorer, et quand il les avait digérés, il se mettait en quête d’une nouvelle proie. Ces excursions se renouvelaient à peu près toutes les semaines ; la bête parcourait les hameaux et brisait au besoin les portes et les clôtures pour s’emparer d’une proie à sa fantaisie. Les habitants désespérés se décidèrent à faire sa part au monstre et chaque semaine on lui abandonnait un enfant désigné par le sort.

Tout le pays était dans la désolation. On s’était naturellement adressé à saint Georges, le destructeur de monstres, vénéré dans plusieurs paroisses du pays qui portent son nom, mais saint Georges était demeuré sourd.

Le miracle mettant en scène Germain peut alors se produire :
Un matin, on venait d’amener un enfant au serpent, et l’on s’apprêtait à le lui abandonner, lorsque l’attention de tous fut attirée par un objet singulier. Sur la mer, qui était alors calme et unie, on voyait un homme se tenir debout, une crosse d’évêque à la main, une mitre sur la tête, et une grande chape sur le dos ; il ne marchait pas, il semblait glisser : à mesure qu’il approchait on s’aperçut qu’il était porté sur une rouelle de charrue. C’était saint Germain-la-Rouelle. La mer était haute, le saint aborda en face du Trou Baligan, et marcha droit au serpent. Celui-ci recula et fit un mouvement pour rentrer dans son antre où sa queue était restée comme celle de certains mollusques lorsqu’ils sortent à demi de leurs coquilles. Le saint lui barra le passage, et lui porta un coup de sa crosse ; l’animal se tordit à ce contact, fit quelques mouvements convulsifs, puis resta immobile et s’incrusta dans un bloc de granit, où on a pu le voir jusqu’au commencement du XIXème siècle.

Fleury évoque ensuite un autre fait impliquant saint Germain le Scot. Selon lui, le saint était déjà venu à Flamanville auparavant, demandant aux habitants un terrain pour bâtir une église. Il lui avait été accordé tout ce qu’il pourrait entourer d’un sillon de charrue avant le déjeuner, mais il se servit de sa crosse en guise de soc, ce qui lui permit d’obtenir une surface plus grande que celle envisagée par la population.

Le récit de Fleury est d’évidence marqué par une influence de la mythologie et de l’histoire antiques. La délimitation de l’emprise de l’église n’est pas sans évoquer la fondation de Rome et celle de Carthage, le tribut au serpent rappelle celui accordé au Minotaure… Il se distingue également du récit médiéval à plusieurs reprises. Le dragon est ainsi devenu un serpent, mais il est vrai que le dragon est souvent interprété comme un serpent fabuleux. Germain n’est un plus un simple prêtre mais un évêque régionnaire, qu’il ne devint d’après sa vita médiévale que plus tard. Le dragon n’est plus précipité dans une citerne, il est pétrifié dans la paroi de la grotte. Enfin, les faits sont clairement localisés et nommés : Flamanville est cité, de même que le nom de la partie littorale de la paroisse, qui est aussi celui de la rivière, Diélette, et surtout la grotte qui servait d’antre au dragon, le Trou Baligan.

  • Flamanville compte 7 lavoirs dont certains ont été restaurés.
  • Un parcours légendé par le centre permanent d'initiatives pour l'environnement du Cotentin est installé dans la forêt.
  • Fils d'un tailleur de pierres de Flamanville, Lucien Goubert (1887-1964) était un des peintres les plus populaires de Cherbourg et du Cotentin
  • Évêque de Perpignan, Jean-Hervé Bazan (1660-1721) était le fils d'Hervé Bazan seigneur de Flamanville.
  • Charles de Sesmaisons (1805-1867) descendant d'un grand d'Espagne fut un des successeurs sur les terres du château de Flamanville.
  • Flamanville compte 1766 habitants.
  • La superficie de Flamanville est de 722 hectares.
  • La densité de la population est de 238 habitants par kilomètre carré.
  • En 2005 : création du jardin conservatoire du dahlia.
  • Flamanville possède la plus importante collection française de dahlias.
  • Nous sommes à 20 minutes de la ville de Cherbourg.
  • Vous pouvez voir d'anciennes pierres tombales à croix nimbées dans l'église.
  • A Flamanville il y a un groupe scolaire et un collège.
  • La Diélette est un fleuve côtier.
  • Ouverture d'une section surf et sauvetage aquatique au collège Lucien Goubert.